Le décor : deux villes, 300 kilomètres, deux vies différentes
Asunción est la capitale, au milieu du pays. À l'ouest s'étend le Chaco paraguayen, une zone rurale et sauvage qui court jusqu'aux frontières brésilienne et bolivienne, et où personne ne s'installe. C'est par Asunción que presque tout le monde arrive, nous compris, parce que c'est là que se font les démarches.
Encarnación est à environ 250 à 300 kilomètres au sud, sur le fleuve, face à l'Argentine. Beaucoup plus petite, étendue le long de plusieurs zones, avec des plages qui se remplissent en saison. Le passage de l'une à l'autre change la vie quotidienne bien plus que ces 300 kilomètres ne le laissent penser.
Le logement : notre seule vraie erreur
En arrivant à Asunción, nous nous sommes précipités. Nous ne connaissions pas la ville, nous n'avons pas pris le temps d'étudier le marché, et nous avons signé un contrat de location tout de suite. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, et pour une raison très concrète.
Les immeubles d'Asunción sont largement vides
La ville construit en masse, elle est très peu touristique, et le taux d'occupation reste faible. Beaucoup d'appartements neufs cherchent preneur. Cela crée une marge de négociation réelle, à condition de ne pas s'être lié les mains le premier jour.
Ce que nous ferions à la place
Négocier des Airbnb au mois, en écrivant directement aux propriétaires. Comme leurs appartements sont vides, ils sont conciliants. On obtient souvent de meilleurs tarifs dans de meilleurs immeubles, et surtout on reste libre de partir quand on a compris comment la ville fonctionne.
Une précision honnête, parce que nous ne sommes pas d'accord sur le mot « erreur » à la maison : le prix que nous avons payé restait correct, et sans commune mesure avec ce que coûte un logement équivalent dans la plupart des villes du monde. Nous voulions nous stabiliser vite, ce que nous avons obtenu. Ce n'est qu'après coup qu'on découvre qu'un meilleur montage existait.
C'est là que les choses deviennent malhonnêtes, et ça vise les expatriés qui n'ont pas de contacts sur place. Des pénalités glissées dans le contrat si vous partez avant terme. Des charges inventées à la sortie. Ou tout simplement une caution qui n'est jamais rendue. Faites relire votre contrat par quelqu'un du pays en qui vous avez confiance, avant de signer.
Ajoutez à cela des agents immobiliers qui poussent à la décision. Les nôtres nous ont fait visiter un dimanche : la grande avenue passante paraissait tranquille, et le double vitrage qu'on nous avait vendu n'isolait rien. Visitez un jour de semaine, en heure de pointe.
L'offre de logement : c'est exactement l'inverse dans les deux villes
C'est le contraste le plus net entre Asunción et Encarnación, et personne ne le dit avant que vous y soyez.
À Asunción, l'offre est abondante et les immeubles sont majoritairement vides. À Encarnación, les immeubles qui conviennent aux expatriés sont pleins, avec des listes d'attente de 10 à 15 personnes sur certains appartements. Le nôtre venait de se libérer la veille de notre visite, et il a été reloué le lendemain de notre départ. Si vous visez Encarnación, il faut arriver avec un plan B, et de la patience.
Le bruit : le problème numéro un d'Asunción
La plupart des expatriés le citent en premier, et nous l'avons vécu. Il y a une raison urbanistique à cela : à Asunción, on ne peut construire des immeubles qu'aux angles des avenues. Les quartiers eux-mêmes sont résidentiels, faits de maisons et de rues pavées où les voitures ne passent quasiment pas. Mais les tours, elles, donnent toutes sur le passage.
Résultat : vous pouvez être dans un quartier calme et vivre au-dessus du bruit, alors qu'à deux ou trois rues derrière, le silence est total. Le double vitrage est très rare, voire inexistant. Le parc automobile est très mal entretenu, ce qui rend chaque passage bruyant, motos comprises. Et les chiens aboient partout, derrière chaque portail, avec une constance qu'on n'anticipe pas.
À Encarnación, rien de tout cela. Le bruit existe, mais il est concentré près des plages, en saison haute. À 500 mètres de la plage, nous n'entendions déjà plus grand-chose.
La pollution et les embouteillages de 5 heures du matin
Deux choses auxquelles on ne pense pas avant de les subir. La première : la qualité de l'air. Asunción n'est pas plus dense que Bordeaux ou Marseille, mais les pots d'échappement sont dans un état déplorable, et le premier mois a été respiratoirement difficile pour l'une de nous deux, qui arrivait d'un pays à l'air pur.
La seconde, plus surprenante : les embouteillages commencent vers 5 heures du matin. Il fait très chaud dans la journée, alors les Paraguayens partent travailler tôt pour profiter de la fraîcheur. Si votre logement donne sur une avenue, votre réveil est fixé par la circulation. Rien de tel à Encarnación, où le rythme n'a pas cette pointe matinale.
Se déplacer : la marche et Bolt
Asunción est étendue et les distances sont longues, ce qui rend la marche moins pratique qu'il n'y paraît, surtout à la chaleur, et surtout si vous arrivez de France en plein été.
Sans voiture, il reste Bolt, qui fonctionne bien et coûte très peu. Nos expériences divergent, et les deux méritent d'être dites. D'un côté : l'état des véhicules et le niveau de conduite inquiètent, entre les chauffeurs sur WhatsApp et le volant tenu au genou. De l'autre : des dizaines de trajets sans le moindre incident, des chauffeurs respectueux, un prix imbattable, avec pour seuls désagréments une climatisation absente ou une poignée de porte cassée. Plus vous l'utilisez, plus vous augmentez vos chances de tomber sur une mauvaise course.
Les gens : le vrai point commun, et la vraie différence
Le point commun, c'est le rapport humain. Les Paraguayens sont détendus, hospitaliers, et cette hospitalité est sincère, ce qui est plus rare qu'on ne croit. Ils sont sincèrement contents que des étrangers viennent vivre chez eux et le disent. Nulle part ailleurs en Amérique latine nous n'avons retrouvé cette absence totale de calcul dans une conversation.
Le revers : la fiabilité. On vous dira oui, et ce ne sera pas fait. Le sens du professionnalisme, au sens où on l'entend en Europe, n'est pas une valeur ici. Il faut aussi voir d'où cela vient : avec des salaires locaux souvent autour de 300 dollars par mois, l'attachement au travail bien fait ne va pas de soi.
La différence entre les deux villes est nette. À Asunción, beaucoup de gens viennent de la campagne ou de la banlieue pour travailler : c'est plus pressé, ça parle vite, ce qui complique aussi l'apprentissage de l'espagnol. À Encarnación, les gens ont grandi là, ils sont chez eux, plus tranquilles, plus aimables, et ils parlent plus lentement. C'est le point sur lequel notre préférence est la plus franche.
L'honnêteté paraguayenne, qu'on ne mesure qu'en repartant
Il faut avoir vécu au Costa Rica, au Panama, en Argentine ou au Brésil pour le mesurer : au Paraguay, personne n'essaie de vous gonfler un prix parce que vous êtes étranger. Pas les taxis, pas les commerçants. Ailleurs, la tentative est presque systématique.
Les objets oubliés en sont l'illustration la plus parlante. Un sac à dos oublié dans un restaurant, gardé de côté et récupéré trois jours plus tard. Des portefeuilles oubliés dans des Bolt, rapportés par les chauffeurs sans rien demander en échange. Cela ne fait pas une règle absolue, les escroqueries existent aussi, et les contrats de location restent le point noir. Mais la tendance de fond est là, et elle change le quotidien.
Manger : Asunción a le choix, Encarnación a les prix
Asunción offre plus de variété : des restaurants haut de gamme, plusieurs types de supermarchés, des centres commerciaux, des marchés, et la possibilité de faire ses courses encore moins cher en s'éloignant un peu. La viande, les fruits et les légumes permettent de manger en quantité, sans se priver, avec un budget modeste.
Encarnación a moins de choix en supermarché. En restauration, en revanche, la ville tient une logique particulière : une bonne adresse par type de cuisine, un libanais, un asiatique, un européen, mais une seule de chaque. Vous y retournerez souvent, ce qui n'est un problème que si la routine vous pèse, parce qu'elles sont excellentes. Et les prix y sont difficiles à croire : autour de 25 000 guaranís le plat, soit 5 à 6 dollars. Le meilleur japonais du pays, de l'avis général y compris chez ceux d'Asunción, est à Encarnación.
Un mot d'honnêteté quand même : avec le recul du voyage, l'offre alimentaire du Paraguay reste limitée. Pour un palais simple, c'est parfait. Pour un palais exigeant, vous ferez le tour assez vite.
La hausse des prix d'Asunción n'est pas de l'inflation
C'est le point le plus important si vous décidez maintenant, parce qu'il a changé depuis notre arrivée. En quelques mois, les restaurants que nous fréquentions à Asunción ont pris environ 30 %, et cela a largement empiré depuis.
Or ce n'est pas de l'inflation au sens monétaire. Les coûts de production locaux n'augmentent pas, ils auraient plutôt tendance à baisser via le taux de change. Ce qui se passe est plus simple : les commerçants voient arriver des expatriés et montent les prix pour eux. C'est une bulle, pas une dérive économique, et elle est géographiquement localisée.
À Encarnación, les prix courants n'ont pas suivi. Une seule exception, et elle est de taille : les logements neufs ont pris 30 à 40 % à qualité égale, précisément parce que l'offre pour expatriés y est minuscule et la demande croissante.
Le vrai point faible d'Encarnación : l'isolement
Nous avons choisi Encarnación, et c'est justement pour cela qu'il faut être clair sur ce qui manque.
La route vers Asunción n'est pas achevée, il n'y a pas d'autoroute, et le trajet reste très long pour la distance qu'il représente. L'aéroport international a été annoncé, y compris à grand bruit, mais il n'existe pas dans les faits. Et la vie sociale est plus pauvre : les groupes d'expatriés, les activités, le sport, tout cela est bien plus fourni à Asunción. Si vous avez besoin de sortir et de rencontrer du monde, ce point pèsera lourd.
Alors, laquelle pour vous ?
Si vous avez besoin de choix et de monde
Vous arrivez et vous voulez pouvoir changer de logement facilement, sortir, rencontrer des expatriés, faire du sport en club, varier les restaurants et les supermarchés, et rester à côté de l'aéroport et des administrations. Vous acceptez en échange le bruit, la circulation et une hausse des prix bien réelle.
Si vous cherchez le calme et la stabilité des prix
Vous voulez dormir la nuit, marcher au bord du fleuve, un rapport humain plus doux, des prix qui ne bougent pas et une ville à taille humaine. Vous acceptez en échange l'isolement, une vie sociale plus réduite et une chasse au logement difficile qui demande de la patience.
Vous avez juste besoin d'une adresse au Paraguay ?
Adresse, contrat de location et relevé à l'appui, pour prouver votre présence dans le pays sans signer un bail d'un an. C'est le besoin classique des nomades numériques qui font leur résidence ici.
Questions fréquentes
Faut-il signer un contrat de location dès son arrivée au Paraguay ?
Non, et c'est l'erreur que nous avons faite à Asunción. Les immeubles y sont largement vides, donc les propriétaires sont conciliants : mieux vaut négocier un Airbnb au mois en écrivant directement aux propriétaires, garder sa flexibilité, apprendre les quartiers, puis signer une fois qu'on sait où l'on met les pieds. À Encarnación, la logique est inverse : l'offre est rare et les appartements partent avec des listes d'attente.
Quel est le principal défaut d'Asunción quand on y vit ?
Le bruit. Les immeubles ne peuvent se construire qu'aux angles des avenues, donc la plupart donnent sur des rues passantes, le double vitrage est très rare, les voitures sont souvent mal entretenues et les chiens aboient en permanence. Les embouteillages commencent dès 5 heures du matin, parce que les Paraguayens partent travailler tôt pour profiter de la fraîcheur. Une ou deux rues derrière la même avenue, en revanche, c'est parfois totalement calme.
Quel est le principal défaut d'Encarnación ?
L'isolement. La route vers Asunción n'est pas achevée, le trajet reste long pour la distance parcourue, et il n'y a pas de véritable aéroport international malgré les annonces. La vie sociale et les groupes d'expatriés sont aussi bien plus fournis à Asunción.
Le coût de la vie augmente-t-il au Paraguay ?
À Asunción, oui, et vite : environ 30 % de hausse dans les restaurants que nous fréquentions en quelques mois, et cela a empiré depuis. Ce n'est pas de l'inflation au sens monétaire, puisque les coûts de production locaux n'augmentent pas : c'est une bulle liée à l'arrivée des expatriés. À Encarnación, les prix courants n'ont pas suivi, sauf sur les logements neufs, où le manque d'offre a fait monter les loyers de 30 à 40 % à qualité égale.
Les Paraguayens sont-ils honnêtes avec les étrangers ?
Sur les prix, oui, et c'est ce qui frappe le plus quand on a vécu ailleurs en Amérique latine : personne n'essaie de gonfler un tarif parce que vous êtes étranger. Les objets oubliés dans un restaurant ou une voiture nous ont été rendus, sans qu'on demande rien. En revanche la fiabilité n'est pas le fort du pays : on vous dira souvent oui sans le faire. Ce n'est pas de la malveillance, c'est un rapport au travail différent. Les contrats de location, eux, sont le point noir.
Et pour la résidence et la structure, on commence par quoi ?
Par la résidence, toujours. Nos guides détaillent ce qui change en 2026 pour la résidence permanente, puis la LLC américaine depuis le Paraguay une fois que vous êtes résident fiscal ici. Le choix de la ville, lui, ne conditionne aucune de ces deux démarches.
Ce guide est un retour d'expérience personnel après deux ans sur place, pas un conseil juridique, fiscal ou immobilier personnalisé. Les prix et les pratiques évoluent, en particulier à Asunción.